Envisagez-vous de vous lancer dans la vente itinérante de vos produits ? Pour avoir une idée de la somme à investir, éviter les mauvaises surprises financières et convaincre la banque, une étude du budget réel à consacrer à ce projet s’impose. Comptez dans vos dépenses l’achat du véhicule, le petit matériel et le stock de départ, les frais des démarches administratives et les charges régulières. Ne sous-estimez pas non plus la trésorerie de départ, qui vous permet de tenir pendant les premiers mois. Enfin, vous verrez comment financer votre projet. Voyez tous ces points ci-après.
Combien faut-il prévoir pour se lancer ?
La somme à préparer varie en fonction de deux facteurs : les articles que vous voulez commercialiser et votre manière de les vendre. Cela dit, voici déjà trois profils auxquels vous pouvez correspondre, avec les montants à prévoir pour chacun. Ils concernent l’installation de vente ou le véhicule, hors stock, et sont donnés à titre indicatif, car ils fluctuent selon les régions et les fournisseurs :
- Un stand non alimentaire, par exemple proposant des bijoux, des sandales et des sacs artisanaux : il vous faut environ 1 000 à 5 000 € pour une installation de vente complète, c’est-à-dire avec barnum, tables et présentoirs, si vous possédez déjà un utilitaire.
- Un camion magasin alimentaire d’occasion, déjà aménagé : la plupart sont accessibles entre 10 000 et 60 000 €, en fonction de leur ancienneté, de leur kilométrage et de leurs équipements.
- Un camion magasin alimentaire neuf : comptez de 20 000 à 45 000 € HT selon la taille. Les modèles de boucherie ou de crémerie les mieux équipés peuvent même dépasser les 90 000 €.
Remarquez que l’écart va de quelques milliers à plusieurs dizaines de milliers d’euros, et s’explique avant tout par le véhicule : le premier profil suppose que vous en possédiez déjà un, alors que les deux autres l’incluent dans le budget. Notez aussi que les fourchettes du deuxième et du troisième profil se chevauchent : un véhicule d’occasion récent et bien équipé peut coûter aussi cher qu’un neuf simple. À taille et équipements équivalents, l’occasion revient néanmoins moins cher à l’achat. D’autres frais, souvent sous-estimés, viennent s’y ajouter : le matériel, les formalités, les charges courantes et la trésorerie.
Le véhicule, premier poste d’investissement
Votre commerce mobile est à la fois votre outil de travail, votre vitrine et votre espace de vente. Le prix à anticiper pour l’avoir dépend de son état et de son aménagement.
Neuf ou occasion ?
L’occasion réduit nettement votre investissement initial. Toutefois, avec ce modèle, il est fort probable que vous tombiez sur un véhicule assez usé, et que vous ayez à revoir l’agencement intérieur, car il a été fait pour un autre commerce mobile et convient rarement aux exigences de votre métier. Si vous êtes dans la vente de produits alimentaires, il faudra peut-être aussi faire des travaux pour qu’il respecte les règles en vigueur en matière d’hygiène, et pour que l’installation électrique soit aux normes. Vous aurez même besoin d’une homologation VASP, qui autorise officiellement le camion transformé à circuler. Tout cela peut revenir cher à la fin, alors qu’avec un neuf, même s’il demande un budget de lancement assez élevé, vous n’aurez pas à vous en soucier.
En effet, un véhicule neuf sur mesure est spécialement taillé pour votre concept, coche les cases de toutes les exigences réglementaires dès le départ, s’accompagne d’une garantie du fabricant, très utile en cas de panne, et ne rencontre presque pas de problème mécanique. En plus, vous ne risquez pas une immobilisation en cas de contrôle technique ou routier.
Un aménagement adapté à son métier
Quatre éléments impactent le tarif de votre camion :
- D’abord, la taille de la cellule, cette partie où vous vendez et rangez la marchandise. Plus elle est spacieuse, plus votre facture augmente.
- Ensuite, les équipements frigorifiques pour maintenir vos produits au frais. Leur dimension fait varier leur tarif.
- Puis, les étals : plus le matériau de leurs surfaces est de qualité et facile à entretenir, plus leur prix est conséquent.
- Enfin, les finitions : la mise en place des éclairages et d’une toiture dépliable abritant les consommateurs a un coût, tout comme le covering extérieur.
Si vous pensez par exemple ouvrir une fromagerie, vous aurez besoin d’une vitrine réfrigérée pour exposer vos fromages, et de quelques armoires froides pour conserver votre stock. Si la boucherie vous intéresse, préparez-vous à faire élaborer un plan de travail en inox, à acquérir un billot et des planches de découpe en polyéthylène, et à installer une chambre réfrigérée pour maintenir les viandes à bonne température. Si vous rêvez d’un magasin ambulant de producteur, privilégiez des étals amovibles et ajustables, associés à une armoire réfrigérée. Peu importe votre projet, confiez la conception de votre véhicule à un constructeur spécialisé, à l’exemple de Les Magasins de la Route. C’est la seule voie pour bénéficier d’un commerce itinérant collant parfaitement à votre activité, bien équipé et durable.
Petit matériel et stock de départ
Outre le camion, des petits équipements viennent compléter les achats à effectuer. Prévoyez quelques centaines à quelques milliers d’euros pour avoir :
- Une balance homologuée, donc contrôlée et certifiée officiellement. C’est un impératif si vous vendez au kilo, par exemple des fruits ou du fromage.
- Un terminal de paiement, car de nos jours, de nombreux clients préfèrent payer par carte plutôt qu’en espèces.
- Une caisse ou un logiciel de caisse : pour assurer l’enregistrement des ventes et le suivi de votre chiffre d’affaires.
- Une source d’électricité autonome : une batterie ou un groupe électrogène, pour faire fonctionner vos appareils lorsque vous vous retrouvez sur un marché sans prise électrique.
- Une signalétique pour afficher vos prix et votre nom.
Outre l’investissement matériel, il vous faut un stock initial de marchandises. Le montant à y allouer dépend de ce que vous vendez, mais il faut assez de produits pour que votre étal donne envie aux clients dès vos premiers marchés.
Les frais administratifs de création
Vous devez entamer des démarches administratives lors de la création de votre entreprise, et elles ne sont pas gratuites.
D’abord, choisissez la forme de votre entreprise, c’est-à-dire son statut. Deux grandes options s’offrent à vous : la micro-entreprise, qui est simple à gérer et dont l’immatriculation est gratuite pour une activité commerciale ; la société (EURL, SASU…), qui convient mieux aux investissements importants et vous permet de déduire vos dépenses réelles. Ce second choix est de ce fait intéressant si vous misez sur un camion cher. En revanche, la créer est plus onéreux : environ 34 € pour l’inscription officielle, plus 140 à 190 € pour publier une annonce obligatoire dans un journal.
Ensuite, si vous vendez vos produits dans une ville différente de celle où est enregistrée votre structure, vous avez l’obligation de détenir une carte de commerçant ambulant. Demandez-la à la CCI (Chambre de commerce et d’industrie) ou à la CMA (Chambre de métiers et de l’artisanat). Elle coûte 30 € et dure quatre ans.
Vérifiez toujours ces prix sur le site officiel du gouvernement, car ils peuvent changer.
Les charges récurrentes à anticiper
Des dépenses reviennent chaque mois une fois l’activité démarrée. Parmi les frais réguliers à payer figurent :
- Les assurances : celle du camion, et celle de votre commerce, qui vous couvre si vous causez un dommage à un client (responsabilité civile professionnelle), ou si votre marchandise ou votre matériel est abîmé ou volé.
- Le carburant : plus vous faites de marchés et de kilomètres, plus ce poste est conséquent.
- L’entretien : il concerne les réparations et révisions du véhicule et de vos appareils.
- Les droits de place : à régler auprès de la mairie pour avoir un emplacement sur le marché. Chaque région a son propre tarif.
- Les cotisations sociales : un versement pour votre retraite, votre santé, les allocations familiales, la CSG-CRDS, etc. En micro-entreprise, leur calcul est basé sur votre chiffre d’affaires, et en société, sur le salaire que vous vous versez.
Par ailleurs, au début, vos ventes seront souvent irrégulières, car il faut du temps pour que des clients reviennent chez vous et pour obtenir les meilleurs emplacements sur les marchés. Gardez alors une réserve d’argent qui vous permette d’assurer au moins trois à six mois de charges. Ainsi, vous pouvez traverser cette période difficile sans stress.
Comment financer son projet ?
Pour trouver les fonds nécessaires au lancement de votre business, certaines solutions existent, et vous pouvez en utiliser plusieurs en même temps.
Outre vos économies, il y a le prêt bancaire professionnel, à rembourser chaque mois pendant plusieurs années. La banque vous fait davantage confiance et accepte plus facilement un emprunt si vous présentez un apport personnel.
Le crédit-bail ou la location avec option d’achat. Donc, au lieu d’acheter le camion, vous le louez chaque mois, et à la fin du contrat, vous pouvez décider de l’acheter pour un dernier montant. C’est avantageux, car vous n’aurez pas ainsi à débourser une grosse somme dès le départ.
Les aides pour les créateurs d’entreprise, comme l’ACRE, qui réduit une partie de vos cotisations sociales au démarrage ; les prêts d’honneur, des prêts sans intérêts, accordés par des associations comme Initiative France ; l’accompagnement de la CCI ou de la CMA, pour préparer votre prévisionnel. Les banques l’exigent en effet avant de valider un prêt.